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Contre Toute attente

Je suis tellement heureuse de vous présenter la deuxième histoire créée dans mes Salons d’écriture !

« Contre toute attente!  »

Bravo aux autrices  Françoise Buzzi, Véronique Haguenauer et Olivia Zeltner ♥

Ils ne se connaissent pas. Ils n’ont rien à voir. Ils n’ont pas envie d’y aller ! Paname, Charlotte, Franck et Alex sont tous invités à la même soirée, dans le sublime chalet d’Olivier Radot. Le Spritz coule à flots, la musique s’éclate, la tempête de neige menace et contre toute attente, les cinq personnages vont vivre, une des soirées les plus étonnantes de leur vie !

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Contre Toute attente !

CHARLOTTE

 

Charlotte se demandait si elle avait vraiment besoin de cette mini-jupe en cuir noir et décida que oui. Aucun accessoire glamour ne serait superflu pour ce week-end en amoureux durant lequel elle avait la ferme intention de dérider son mari.

Charlotte et Franck Delorme étaient mariés depuis 17 ans et les heureux parents de 2 filles de 13 et 15 ans. Ils vivaient dans le très chic Ouest Lyonnais dans une grande maison familiale dessinée par Franck, qui était architecte et dirigeait sa propre agence. Charlotte, elle, était décoratrice d’intérieur spécialisée dans le home-staging. Ils s’étaient rencontrés aux Beaux-Arts de Lyon l’année de leur 20 ans, le coup de foudre avait été immédiat et réciproque, leur bonheur sans nuage jusqu’à ce jour.
Cependant, depuis quelques mois, Franck s’angoissait ; il traversait une période difficile financièrement. Il avait de moins en moins de chantier et s’inquiétait pour leur avenir. Il s’était renfermé, était devenu taciturne et facilement irritable.

Charlotte était tout le contraire ! C’était une petite blonde pétillante, dotée de deux grands yeux noirs rieurs, une personnalité solaire et toujours très optimiste.
Elle avait décidé et organisé seule ce week-end à Chamonix, faisant fi des protestations de Franck qui trouvait qu’à une semaine de Noël cette escapade n’était vraiment pas raisonnable. Elle avait réussi à le convaincre et à caser leurs deux filles chez sa belle-mère dont elle était très proche.

Elle avait déniché un luxueux chalet sur Airbnb et avait immédiatement booké une réservation avec la propriétaire parisienne, une certaine Paname Delavigne.

Charlotte s’agitait gaiement dans sa chambre en préparant sa valise tout en houspillant son mari pour qu’il en fasse de même.

Franck boudait ; la météo était mauvaise, la neige était annoncée et il ne savait pas où il avait rangé les chaînes pour équiper son Audi Q8.

 

PANAME

 

Paname sortit les draps du lave-linge et les suspendit sur la rampe du grand escalier en colimaçon qui menait à l’étage.  Les machines de linge tournait depuis le matin et c’était comme un  roulement de tambour rituel qui l’équilibrait,  et nettoyait sa tête et son linge en synchronisation. Les draps  sentaient bon la lavande et Glen,  le meilleur homme de ménage  du monde allait  pouvoir préparer de frais tous les lits dans l’après-midi. Le week-end de Paname s’annonçait comme un véritable gymkhana. Un client anglais, qui s’était présenté comme un artiste Rappeur, venait de réserver son Loft  à l’arrache sur Airbnb.  Elle préparait la maison comme si elle allait recevoir Quincy Jones en personne.

Elle avait ramené de Rungis des décorations de Noël assez design, et laissant court à sa créativité jaillissante, avait imaginé pour son loft un nouveau décor.  Ce jour-là, c’était la tour Eiffel, qu’elle avait chinée aux puces, qui clignotait de mille feux multicolores. Quand on lui demandait ce qu’elle faisait dans la vie,  Paname répondait toujours avec une sincérité désarmante, « je rends la vie jolie ».  On pouvait être sûr qu’il y avait toujours une bouteille de champagne au frais pour ses clients et un petit mot à leur attention. Elle se sentait très femme d’affaires avec ses locations, mais très bien organisées en fin de compte, et en ressentait une certaine fierté.

Depuis un certain temps, son appli Airbnb n’arrêtait pas de vrombir, car elle gérait aussi la location du chalet de sa grand-mère à Chamonix, qu’une certaine Charlotte avait réservé pour le week-end. Ça tombait bien, elle serait sur place pour l’accueillir.

Paname allait à la montagne à reculons : elle allait louper ce dîner avec le beau mec rencontré la semaine dernière, qui était loin de l’avoir laissée indifférente… Mais il lui était impossible de refuser de se rendre à la soirée que son ami  d’enfance Olivier Radot organisait pour ses 50 ans dans son grand chalet à Chamonix.

Comme elle était, disons-le, un peu débordée, elle balança en vrac dans un cabas en jean noir parsemé  de paillettes : un cachemire, un pantalon de cuir, une nuisette de soie et ses nouvelles bottes à talons compensés, sa trousse de toilette et son flacon Ambre de Prada…

Il lui restait encore à préparer, le truc le plus important : une playlist sur son ipod dont elle ne se séparait jamais.

Paname, flippée de l’informatique, disait toujours, au 3e degré : «  je suis très blonde avec mon ordi ». Ses enfants et son ex se moquaient, mais elle ne se dégonflait pas, quitte à passer des après-midi entières en formation accoudée au Genius bar de l’Apple Store Opéra ! Elle se lança et essaya de downloader une méga playlist de musique sur iTunes, son vrai plaisir à chaque voyage, sa façon à elle de s’évader, de vibrer… ça l’angoissait cet iTunes. Elle ne savait jamais si elle ça allait marcher. Et bien si,  contre toute attente, iTunes confirma que tout était validé, et la « blondeur»  de Paname en reprit même un coup d’éclat.

La sentant débordée, Olivier lui avait promis de venir la chercher à la gare de Genève, elle s’était sentie soulagée, épaulée… ce qui ne lui arrivait pas si souvent, et surtout pas avec son ex ! Une amie lui avait récemment  fait remarquer qu’elle avait toujours tout fait toute seule : elle ouvrait les portes, portait  les enfants et les bagages, tenait la perceuse, reparait la voiture, etc.

Ça lui ferait du bien !

Sur la route, avec  son bon vieux pote, ils auraient le temps de se raconter leurs vies et comme à chaque fois de rire en se rappelant leurs souvenirs parsemés d’edelweiss.

Elle aimait y retourner pour revoir dans son rétroviseur ses bons moments avec sa grand-mère, une  baroudeuse très audacieuse  pour l’époque, qui avait été alpiniste de haut niveau.

Si elle lui ressemblait par certains côtés, l’alpinisme c’était pas son truc. Paname avait le vertige et tout le temps froid. Elle aimait la nature et les grands espaces, mais à petites doses. Urbaine avant tout, elle se baladait en talons, sur tout terrain, son gloss et sa musique en bandoulière.

Les lits étaient faits, le champagne au frais. La maison embellie et plus clean que jamais, Paname était enfin prête. Elle n’attendait plus que Quincy Jones pour lui laisser les clefs et filer à Chamonix.

 

ALEX

C’était l’heure du silence. On savait qu’après le dîner Alex n’aimait pas être dérangé, qu’il écoutait sa musique, qu’un feu brûlerait dans le salon depuis le matin, qu’il aimait s’extraire de la vie des autres. La journée avait passé sans qu’il s’en aperçoive : les visites s’étaient succédées. On lui avait livré les pigments achetés sur Internet, sa voisine était passée lui emprunter une scie à bois, ils avaient bu un thé et papoté un moment, le temps d’apaiser la colère de la jeune femme contre son fils aîné parti pour l’internat sans la prévenir que sa scie était cassée. Pour une raison inconnue, il s’était décidé à réparer la marche cassée depuis l’été qu’il devait sauter pour entrer dans la cuisine.

Enfin il était seul, la trompette de Chet Baker trouait le silence, dehors la neige tant attendue commençait à tomber. « Enfin », murmura Alex en s’attardant un bon moment sur l’état de la petite statuette qu’il avait promis de restaurer avant Noël. Il y avait du boulot. Personne ne s’était annoncé pour les jours à venir, et c’était tant mieux. Il avait du boulot, de la musique, de l’alcool, la neige dehors, il faisait chaud. Il attrapa la bouteille de whisky sur l’étagère et se versa un verre. Un compagnon de travail qui ne faisait jamais défaut, surtout à la nuit tombée, son heure de travail, comme il disait. Il sursauta quand il entendit vibrer son Iphone derrière lui. Surpris et à la fois curieux de savoir qui essayait de le contacter, il mit le couteau à décaper dans sa bouche, attrapa le téléphone et sourit quand il lut le nom d’Olivier Radot sur l’écran. Ils ne s’étaient pas parlé depuis plusieurs semaines et l’envie d’aller boire un verre avec lui pour refaire le monde ne lui déplaisait pas. Aucune proposition de ce genre n’apparût à l’écran. Dans une bulle quelques mots sûrement travaillés pour faire leur effet éclatèrent en musique quand Alex ouvrit le document. Olivier organisait une fête pour son anniversaire. Il n’y couperait pas.

 

CHARLOTTE

Charlotte et Franck arrivèrent au chalet de Chamonix en début d’après-midi après une halte gourmande sur la route. Franck se détendait doucement et commençait à être sincèrement séduit par cette idée de week-end ; il aimait Charlotte et se rendait compte que les derniers mois avaient été compliqués pour leur couple. Cette occasion de tête à tête avec elle était donc la bienvenue.

C’est en apercevant une belle blonde, très chic, perchée sur des talons et moulée dans son jean que Charlotte comprit qu’ils étaient arrivés. Paname Delavigne les attendait sur la terrasse, accrochée à son téléphone, menant une conversation très animée.

La jeune femme raccrocha dès qu’elle vit la voiture franchir les grilles de la propriété et vint à leur rencontre au pied du grand escalier de pierre.

Charlotte sentit immédiatement un bon feeling avec elle ; elle aima sa poignée de main ferme, son regard direct, son look très citadin que d’autres auraient pu juger déplacé dans ce coin de montagne.
La remise des clés et les formalités d’usage se firent dans la cuisine autour d’une tasse de thé ; Charlotte découvrit qu’elles partageaient une passion commune pour la décoration d’intérieur. Elles aimaient également toutes les deux faire la fête. A cette nouvelle, Paname  invita naturellement le couple à venir boire une coupe de champagne chez son meilleur ami, Olivier Radot, qui fêtait son anniversaire dans le chalet voisin le soir même. Charlotte accepta spontanément mais, Franck tourna les talons sans un mot sous le prétexte d’aller chercher les bagages restés dans le coffre de la voiture.

Charlotte raccompagna  Paname à la porte du chalet, elles se quittèrent en se promettant de se retrouver le soir même à cette soirée d’anniversaire.

Toute guillerette à l’idée de cette fête inattendue, Charlotte grimpa les escaliers en sautillant pour retrouver Franck dans leur chambre.
Elle fut surprise de le retrouver allongé sur le lit, le regard noir, les dents serrées. Elle s’approcha de lui doucement, l’interrogeant du regard. Franck laissa exploser sa colère ; ils étaient censés passer un week-end tous les deux, il était hors de question qu’ils se rendent à cette fête où ils ne connaissaient personne. Quelque chose dans le ton de sa voix, autoritaire, sans discussion possible, déplut à Charlotte.

– OK, on a prévu de rester tous les deux, mais passer une demi-heure dans cette soirée ça ne va pas nous tuer ? Ça peut même nous faire du bien.

-Mais j’ai juste envie de rester tranquille ici moi !

Après tout, il s’agissait juste de boire une coupe de champagne. Elle transigea :

– Je propose qu’on grignote un petit quelque chose puis nous aviserons.

Agacée, elle tourna les talons et descendit dans la cuisine pour improviser un dîner qu’elle accompagnerait d’un bon Côte-Rôtie de chez Guigal qu’elle avait pris soin d’emporter dans leur bagage.

Elle n’avait pas dit son dernier mot et savait comment amadouer son mari…

 

ALEX

« Encore une mondanité fatigante », se dit Alex en posant un linge humide sur la statuette en cours de restauration.

Habituellement, ses retours de fêtes étaient plutôt décevants, Alex préférait les diners entre amis aux réunions XXL arrosées et l’idée de devoir descendre à Chamonix pour retrouver une foule d’inconnus qu’il imaginait inintéressants ne l’enchantait pas. La musique s’était tue. Le vrai silence n’était pas désagréable. Avant d’entrer dans son bain, il se planta devant la fenêtre de sa chambre pour regarder l’état de la route. Le chasse-neige était une fois encore venu déblayer son chemin et la route n’était pas fermée, à en croire les informations sur le site de Chamonix. L’habitude de rêvasser dans la baignoire en faisant couler l’eau chaude ne lui était pas passé et il se surprit à porter un toast à sa mère l’appelant une fois encore pour qu’il sorte du bain. Le verre de whisky n’était jamais loin. Ce rituel lui était nécessaire quand il devait se préparer pour une sortie exceptionnelle. Il ferma les yeux. L’odeur du bois qui tapissait les murs se mêlait à celle de confiture d’abricot qu’il avait faite quelques heures plus tôt. Il se sentait étrangement bien.

Comme poussé par une envie venue on ne sait d’où, il sortit d’un bond de l’eau encore chaude, se sécha et enfila un col roulé en cachemire vert et un jean. Il attrapa la bouteille de Vétiver qu’il n’utilisait que rarement et termina son verre de whisky. Il se surprit à sourire en se lançant un coup d’œil satisfait dans le miroir. Pour une fois, il se trouvait pas mal et le vert de son pull mettait en valeur le vert de ses yeux.

Dehors, la tempête ne paraissait pas vouloir s’arrêter. Bien à l’abri dans sa parka relevée très haut, il entra dans sa voiture et alluma les phares : des flocons virevoltaient devant le pare-brise, les branches des sapins croulaient sous le poids de la neige, les toits des maisons alentour n’était plus reconnaissables. Le blanc était partout, épais, presque inquiétant. Alex chargea dans son coffre les enceintes qu’il avait promis d’apporter à Olivier. Après quelques tentatives poussives, le vieux truck démarra, il alluma la radio, l’émission était consacrée à Michel Berger et France Gall. En s’engageant sur la route de la Poya qui descendait à Chamonix, il chantait.

 

PANAME

 

La fête d’Olivier battait son plein. Il faut dire qu’Olivier avait fait les choses avec élégance et générosité, ses neveux avait été embauchés pour faire le service et portaient des plateaux de spritz couleur sunset  dans des coupes de cristal.  L’ambiance baignait dans la même couleur chaleureuse. Mais après avoir fait le tour des conversations et des politesses,  Paname tournait en rond. Si Olivier avait invité toutes les jolies filles de la vallée, il avait omis d’inviter le James bond local pour distraire sa vieille copine ! Il fallait se rendre à l’évidence, les savoyards, fussent il même un peu rock’n’roll dans leur gros pulls imprimés de flocons de neiges… c’était juste impossible pour notre citadine expatriée dans la vallée blanche. Paname commençait à s’ennuyer et envoya des messages à Valentine, sa meilleure amie qui était, au même instant,  à la  soirée de Montmartroise. Et si en plus le beau musicien y venait accompagné? Elle aurait tout loupé ! En un texto,  Valentine la rassura : pas de musicien en vue, il avait annulé. Soulagée de ne pas perdre son « projet » parisien, Paname reprit un verre de Spritz en souriant bêtement à tout le monde, puis décida de s’occuper de la musique. Le DJ installé sur la loggia surplombait le bal, et avec sa culture de rockeuse shazameuse, elle l’embobina facilement pour prendre le relais.  Bien campée sur son nouveau poste de DJette, elle lança avec assurance un bon France Gall vintage « Musique » qui surprit et emballa tout le monde. Du haut de sa tour de contrôle, elle se demanda si la cliente de son Airbnb oserait pointer son nez…

Sur le dancefloor, Olivier virevoltait de l’une à l’autre, volant joyeusement un baiser ou un  numéro  au passage. Les neveux à force de goûter au fameux Spritz, faisaient tournoyer les plateaux et vu d’en haut, ça  ressemblait presque à une chorégraphie pétillante de patinage artistique.

Paname envoya le son avec un énorme happy Birthday Stevie wonderien pour annoncer l’arrivée du gâteau  d’anniversaire. Olivier la gratifia d’un clin d’œil complice avant de souffler ses bougies.

C’est là, qu’au beau milieu de la foule, Paname reconnut Charlotte Delorme, en minijupe de cuir et Moonboots roses, encore plus pétillante que le champagne.

 

CHARLOTTE

 

Charlotte était arrivée à la soirée  seule, bien décidée à s’amuser et à oublier la mauvaise humeur de son mari.  A l’extérieur la tempête annoncée avait commencé et c’est avec plaisir qu’elle s’introduisit dans la douce chaleur de la maison. Elle s’était promis de ne pas rester tard pour ne pas froisser Franck davantage, mais dès la porte d’entrée franchie, elle se sentie happée par le son joyeux de la fête battant son plein et oublia rapidement sa promesse. Après tout, il savait où elle était,  et pourrait peut-être encore se décider à la rejoindre.

La foule d’invités, composée presque exclusivement de jolies filles, se pressait autour d’un somptueux gâteau d’anniversaire devant lequel se tenait, radieux, un homme de haute stature, les cheveux courts et grisonnants, au sourire charmeur…

Un jeune homme vint à la rencontre de Charlotte, un plateau chargé de Spritz flamboyants ; elle se servit en balayant la pièce du regard. Ce n’est qu’au bout d’un instant qu’elle aperçut Paname, installée derrière les platines sur la loggia surplombant la fête, casque vissé sur les oreilles et visiblement déchaînée ; elle assurait l’ambiance musicale à grand renfort de décibels !

Charlotte s’apprêtait à monter la saluer sur son perchoir lorsqu’une main vigoureuse lui saisit le coude faisant déborder son cocktail par-dessus sa coupe. Elle comprit immédiatement que l’homme lui faisant face était l’hôte de la maison, le fameux Olivier, et c’est dans les éclaboussures de Spritz que se firent les présentations.

Le son était tellement puissant qu’ils devaient se frôler pour s’entendre ; Charlotte rougissante se sentit troublée par cette promiscuité, s’étonnant de frémir sous son souffle léger dans ses cheveux.

Que lui arrivait-il ? Elle mit cela sur le compte de l’altitude et de la tempête de neige qui donnait une impression de fin du monde.

C’est à ce moment que  Paname,  glissant audacieusement sur la rampe d’escalier, les rejoignit.

 

ALEX

 

« Faudrait pas qu’ils ferment la route avec toute cette neige…» pensa Alex qui s’inquiétait déjà de son retour. Dans son rétroviseur, il distinguait fièrement les traces de ses nouveaux pneus sur la neige. En arrivant à Argentière il vit, sur le seuil du restaurant« Le Dahu », un groupe de gens taper leur vêtement pour enlever la neige avant d’entrer. La place du village était quasi déserte, les lampadaires en bordure de route témoignaient de la tempête qui avait renvoyé les touristes au chaud. Les traces de voitures se faisaient rares. Alex remit la radio pour écouter les infos-neige de la région. Pas vraiment encourageantes. Le village était maintenant derrière lui, les lampadaires avaient disparu, le vieux truck s’engagea dans la descente de la Poya tout phares allumés, aucune voiture ne venait en sens inverse. Une fois passé l’embranchement pour La Joux, Alex accéléra sous le paravalanche, désormais pressé de se retrouver à Chamonix au chaud avec un verre et peut-être quelques visages familiers. Probablement pour se concentrer, il coupa la radio et se dit qu’une nouvelle voiture ne serait pas un luxe, son vieux truck commençait à lui envoyer des messages inquiétants. En quittant sa maison, il n’avait pas voulu entendre les embardées sonores de son moteur et ne se doutait pas du sale tour que lui ferait sa fidèle guimbarde qui glissait maintenant sur la route dans un total silence. Le moteur s’était tu. « Eh merde, eh merde, eh merde », jura l’homme aux yeux verts en arrachant son bonnet de rage. « Encore heureux, les freins marchent ! » À gauche, la forêt, à droite le ravin, pas âme qui vive. Il était désespérément seul loin de Chamonix, loin d’Argentière, à essayer de faire redémarrer son moteur épuisé. En bon montagnard avisé, il se félicita d’avoir mis ses vieilles bottes Caribou quand il souleva le capot de sa voiture. Ses doigts gelés tripotant le moteur, il pestait, râlait et maudissait la neige, Olivier et son invitation infernale, sa voiture qui ne l’avait pas prévenu qu’elle n’en pouvait plus. En désespoir de cause, il remonta s’asseoir et attrapa son téléphone dans la poche de sa canadienne pour appeler Olivier.

 

PANAME

 

Du haut de sa tour de contrôle, Paname s’aperçut que Charlotte était visiblement un peu paumée… elle confia à nouveau les platines au dj local et descendit de la mezzanine illico. Comme elle en avait l’habitude chez elle, elle glissa naturellement l’air de rien  sur la rampe, en amazone et atterrit pile devant Charlotte qui éclata de rire. Elle pensait lui présenter Olivier, mais celui-ci avait repéré la nouvelle venue et était déjà en place, le coquin ! Paname sourit intérieurement, décidément, son pote, le beau yeti dragueur des neiges, était toujours en pleine forme. Malgré son talent d’adaptation,  la parisienne commençait à s’ennuyer, comme si elle avait épuisé toutes ses cartes à jouer. Elle  lança un regard un peu désenchanté sur le manque flagrant de beaux gosses  alentours, plutôt ravie de trouver une complice dans ce no man’s land savoyard. Sa cliente s’avérait  franchement rigolote, enjouée et semblait ravie d’être là. Elles se mirent à discuter du chalet, puis de tout, de rien. Charlotte  swinguait, joliment moulée dans sa minijupe de cuir, ingurgitant spritz sur spritz … Apparemment elle avait deviné qu’Olivier n’était pas indiffèrent à son charme et semblait  dans le même état d’espritz.

Paname eut la discrétion de ne pas demander à Charlotte où était son mari… après tout c’était beaucoup plus fun comme ça,  évidemment.

Le téléphone d’Olivier vibra. Il décrocha, le regard soudain sérieux « Alex ? En panne ? Sous la neige…mais Où es-tu ?   Ok, ne bouge pas, j’arrive ! ».

Le DJ était passé de  France Gall aux Rolling Stones et si l’ambiance était bonne, le « no satisfaction » résonna comme un écho dans la tête de Paname qui tournait en rond.

Devinant l’urgence de la situation, elle regarda Olivier et lança « je viens avec toi… !»  excitée de partir à l’aventure dans la nuit. Alors, tout s’accéléra . Voyant Olivier et Paname enfiler leurs manteaux, Charlotte qui n’avait pas envie de se retrouver seule dans cette soirée pleine d’inconnus, attrapa une bouteille de Champagne sur le plateau d’un neveu-serveur, hilare qui tournoya sur lui-même. « Tenez, pour la route ! » lui dit-il en lui tendant une poignée de flutes à emporter, et ils s’engouffrèrent tous trois  en riant dans la voiture. Dans la tempête, la range rover qui sentait bon le cuir vintage, était un refuge chaleureux roulant plein phares sur un air de fête. Dehors, les cristaux de neige fondaient joyeusement sur le pare-brise, dedans, les regards se croisaient, les mains se frôlaient et les rires fusaient.

 

FRANCK

 

Resté seul au chalet, Franck n’en revenait pas ! Charlotte était partie à la soirée d’un pas décidé sans lui adresser un regard ni lui donner un baiser !

Ils avaient pourtant dîné en tête à tête et Franck avait été persuadé qu’ils avaient retrouvé leur complicité perdue.  Charlotte avait été éblouissante et charmante. Ils avaient échangés gaiement en dégustant un merveilleux curry d’agneau qu’ils avaient improvisé ensemble avec les ingrédients dénichés dans les placards de leur hôtesse, le tout arrosé d’un Côte Rotie que Charlotte avait eu la très bonne idée d’emporter dans leurs bagages. Franck s’était enfin détendu, aux anges ! Ce week-end qu’il avait accepté malgré lui s’annonçait finalement magique et câlin…  Quelle n’avait pas été sa surprise quand  à la fin du dîner, Charlotte toute enjôleuse lui avait glissé une main dans les cheveux et lui avait reparlé de cette fameuse soirée à laquelle elle avait très envie de se rendre ! Il avait catégoriquement refusé d’y aller et pensait qu’elle renoncerait également à cette idée stupide ! Pas du tout ! Charlotte avait enfilé ses moon-boots roses et avait claqué la porte ! La douche froide ! Ils avaient certes l’habitude de sortir de temps en temps chacun de leur côté dans leur cercle d’amis respectifs en toute confiance, mais jamais elle ne s’était comportée de la sorte ! C’est elle qui l’avait convaincu de passer un week-end pour se retrouver et voilà qu’elle le plantait pour le laisser seul dans un endroit inconnu !

Après un moment de colère, Franck sentit peu à peu l’inquiétude le gagner et décida de partir la rejoindre. Ses appels étaient restés sans réponse. Il avait le mauvais pressentiment qu’elle s’amusait très bien sans lui.

Il sortit sous la neige et alla toquer à la porte d’un très beau et imposant chalet d’où s’échappaient les puissants décibels d’une musique électro.

Un jeune homme assez éméché vint lui ouvrir ; Franck découvrit un intérieur soigné, meublé dans un esprit vintage et chic. Quelque part au fond de lui, ce détail le mit mal à l’aise… il connaissait le goût prononcé de sa femme pour les jolis endroits. Lui-même, en tant qu’architecte avait conscience du charme viril des lieux.

Le garçon lui apprit que sa femme avait quitté le chalet un instant plus tôt avec Olivier pour aller dépanner un ami coincé dans la neige sur la route de la Poya. Après quelques questions, il comprit qu’Olivier était le propriétaire du chalet. De plus en plus inquiet, il demanda la direction et courut à sa voiture.  Ses pensées s’assombrissaient ; il imaginait Charlotte séduite par cet inconnu. Serait-elle capable de le tromper ? Décidément, il ne la comprenait plus… L’inquiétude laissa place à la panique.

Il se mit au volant, fonça sous la neige, dérapa dans plusieurs virages et se retrouva quelques mètres plus loin bloqué par un barrage de gendarmes. Impitoyables, ceux-ci lui ordonnèrent de faire demi-tour : la route était fermée pour risque d’avalanches.

N’écoutant que son angoisse et surtout son envie de retrouver sa femme au plus vite, il abandonna sa voiture sur le bas-côté et décida de continuer à pied.

En pleine tempête, Franck remonta le col de sa parka, enfonça son bonnet sur ses oreilles et pénétra d’un pas rageur dans les profondeurs de la forêt…

 

ALEX

 

Alex aurait voulu qu’un souffle puissant chasse le vent et repousse la neige, mais la magie n’était qu’un rêve, il le savait. Au téléphone, la voix d’Olivier, interrompue par des rires et des paroles incongrues de femmes qu’il soupçonnait déjà bien éméchées, le mit dans une colère irrépressible.

– Ne bouge pas, je viens. Tu laisseras ta voiture et tu descendras avec moi.

– T’es dingue, pas question de laisser le truck sur la route. Tu as peut-être oublié, mais j’ai mes enceintes à l’arrière. C’est toi qui me les as demandées.

Arrête de râler Alex, j’arrive, avait dit Olivier d’un ton claquant qui ne méritait aucune réponse.

Alex bouillait à l’idée de voir débarquer Olivier et sa clique bourrée. Son envie de faire la fête avait complètement disparu. Il se maudissait d’avoir accepté de descendre dans la vallée avec un temps pareil. En maugréant, il referma le capot sur un moteur désespérément sourd à ses injonctions. Il avait même essayé la méthode douce pour s’adresser à lui : « Si j’étais un moteur, avait-t-il murmuré tendrement, je trouverais un moyen de rendre Alex heureux et nous rentrerions tous les deux à la maison… » Mais la tendresse n’avait pas payé. Alex tapa un coup violent sur le capot et rentra dans la voiture. Il n’était plus d’humeur à écouter de la musique, la température avait chuté, il ne pouvait compter que sur la doublure de sa canadienne, la fourrure de sa chapka et la rapidité d’Olivier pour se réchauffer. Avec un peu de chance celui-ci viendrait avec du matériel pour dépanner la voiture et un copain assez futé pour réparer son moteur. Maintenant, une chose était sûre, la fiesta s’arrêtait là, pas question de descendre avec Olivier ou avec qui que ce soit d’autre. Une fois la voiture dépannée, il ferait demi-tour pour retrouver son whisky, sa musique, son feu de bois.

Comme les phares se faisaient de plus en plus rares, le poids du silence et de la solitude se fit pesant au point qu’Alex éprouva un sentiment de soulagement en entendant s’approcher le bruit reconnaissable entre tous du moteur rugissant de la Rang Rover d’Olivier, ce vieux tacot qui avait caché les nombreuses aventures d’un soir de son copain de toujours. En dépit de leurs chemins désormais éloignés, entre les deux hommes, une solide amitié s’était affirmée.

Alex s’était imaginé accueillir Olivier en bougonnant, furieux. À la vue du sourire généreux de son ami, il s’approcha les bras grands ouverts :

-Mon vieux, tu es le meilleur ! lança-t-il en voyant la grosse parka rouge d’Olivier descendre du Range.

-Vous aussi, vous trouvez ? dit soudain une petite voix perchée, tout droit sortie d’un déguisement déconcertant. Deux jambes vêtues de cuir surmontées d’une peau lainée argentée avaient l’air de tenir debout dans des bottes compensées.

Totalement pas son genre.

 

PANAME

 

Arrivés au niveau du tunnel de la Poya, ils aperçurent enfin la voiture de l’ami d’Olivier et sortirent joyeusement de la range surchauffée. Alex Arvier semblait plutôt surglacé et de mauvaise humeur. Toutefois, il se réchauffa en voyant son copain débarquer et le serra dans ses bras sans même adresser un regard aux deux femmes qui avaient eu la gentillesse de l’accompagner.

Paname observait la scène en se demandant qui pouvait bien être ce mec mal élevé planqué dans sa canadienne molletonnée ?  Un Yeti ? Un ours mal léché qui la provoquait franchement ?

Sa belle humeur champagnisée ne la quitta pas néanmoins, et avec un grand sourire nonchalant totalement décalé face à cette situation critique, rappelons-le : panne  en pleine tempête de neige, elle décida de prendre les choses en mains. Elle alluma la torche de  son iPhone et ordonna au yéti de maintenir l’objet pailleté customisé d’une tête de mort juste au-dessus du moteur pour y voir plus clair. Voyant qu’il avait les mains bleues de froid, et sans vraiment lui laisser le choix, elle lui prêta sa paire de moufles en peau lainée, encore chaude.

Alex Arvier sembla plus que surpris par cette  attention délicate et il faut dire, salvatrice.

Elle se glissa sous le capot en chantonnant et commença à explorer le moteur qui n’avait pas intérêt à lui résister. Paname n’était pas dupe. Il rodait dans son dos en la narguant du bout des cils, et elle savait bien qu’il devait la regarder d’un air moqueur, voire méprisant. Paname ne dit rien, mais dans l’air glacé elle reconnut son parfum, cette fragrance sophistiquée, ce fameux Vetiver de Guerlain qui glissa  délicieusement sur les odeurs d’essence. Troublée, Paname sourit. Elle pencha ses colliers swarowski scintillants dans le moteur et aperçut soudain un fil pas trop réglo, caché derrière la batterie.

Illico presto, elle sortit son chewing gum de sa bouche, en fit une boule, et colmata le tout d’un geste confiant et tout à fait naturel. Eh oui… La vie ne lui avait pas laissé le choix et elle avait dû apprendre à se servir de ses doigts de fée en toutes circonstances… Elle se frotta les mains, gelées, à leur tour, claqua le capot. Elle lui ordonna de s’installer derrière le volant et de démarrer.

Il leva les yeux au ciel d’un air condescendant et fit tourner la clef dans le contact… Contre toute attente, le moteur ronronna ! Alex Arvier sortit de la voiture pour la féliciter.

Paname jubilait intérieurement ravie d’avoir cloué le bec à cet affreux yeti misogyne. L’homme des neiges, stupéfait,  souleva son bonnet pour saluer l’exploit, laissant apparaitre une sublime crinière argentée qui la subjugua, elle remarqua au passage ses grands yeux verts.

-Bravo la mécano en tenue de gala ! Merci d’avoir secouru un montagnard perdu dans la neige. Ça aurait pu tourner mal pour moi comme dans un mauvais Frison-Roche.

Elle prit une leçon d’humilité au passage sur ses jugements hâtifs, le yeti avait des lettres et de la courtoisie !  Sa vision du savoyard mal léché dans sa panoplie de bucheron canadien en prit un coup. Son sourire magique le transforma  en gentleman-skieur, d’un coup très sexy dans son cachemire parfumé.

Elle sourit.  Sa Simone de Beauvoir intérieure pouvait être fière.

 

ALEX

 

D’un coup l’envie de jouer avec cette fille hors du commun le saisit. Son visage avait disparu sous le capot, elle avait enlevé son manteau pour être plus à l’aise, il n’entendait que le son de sa voix perchée dans les hauteurs. Il éclata de rire.

-Pourquoi tu ris ?

-Parce que tu chantes faux !

-Peut-être, mais quand je chante, ça me réchauffe, je ne pense pas au froid et je vais faire des miracles avec ton moteur, chéri ! Si je réussis, qu’est-ce que tu m’offres ?

En teeshirt sous la neige, cette fille complètement folle fourrageait dans le moteur, en chantant faux. Plus la situation devenait farfelue, plus il avait envie de continuer à jouer avec elle.

– Je t’offre ce que tu veux, chérie, mais avant il faut que tu me prouves que tu es la meilleure !

-Ce que je veux ! Tu ne sais pas à quoi tu t’exposes. Assieds-toi au volant et quand je cris « vas-y », tu tournes la clef. Tu sauras faire ?

Elle le défiait depuis le début, ça l’amusait, il n’avait soudain qu’une envie, qu’elle réussisse.

-Vas-y, hurla Paname.

Du premier coup de clef, l’énorme bruit retentit, fidèle, familier, son moteur était ressuscité, sa voiture était sauvée, cette fille avait fait un miracle.

-Ce que tu veux, ce que tu veux, dit Alex d’un ton si tendre qu’il en fut le premier étonné.

Il ramassa la peau lainée dans la neige et la prit spontanément par la taille. Cette fille, qu’il n’aurait même pas regardée en d’autres circonstances, lui parût soudain totalement craquante, toute frêle et toute menue dans ses bras. Son regard bleu marine eut raison de ses dernières résistances quand il déposa un baiser dans ses cheveux.

 

PANAME

 

Le sourire complice d’Alex fit fondre les quelques millimètres de glace qui étaient restés figés entre eux. Il l’enveloppa doucement dans ses bras, s’appuya contre la portière et l’embrassa. Elle ferma les yeux et contre toute attente, savoura le baiser comme une héroïne de cinéma, presqu’en slow motion… et puis autant en emporte le vent, la neige et les jugements de la parisienne !

Pour la première fois depuis longtemps elle ressentit un frisson traverser tout  son corps. La scène était tellement imprévue quelle s’imagina une seconde sur le traveling avant d’ un western canadien. Et non ! ni camera, ni metteur en scène, on était bien dans la vraie vie. Elle se sourit à elle-même. Elle savait. Elle savait qu’elle attendait ce moment en secret. Elle laissa alors les effluves de vétiver givrés fondre sur sa bouche et ouvrir ses chakras un par un. Et si l’homme qu’elle attendait n’était plus le bobo ultra branché des faubourgs qu’elle s’était toujours imaginé en peinture, mais un vrai mec tendre et drôle, aux épaules larges et aux pigments intenses…

Plus bas,  la musique fusait du range rover qui semblait animé d’une activité suspecte.

 

CHARLOTTE

 

Charlotte, restée seule dans la voiture, vit revenir Olivier à grandes enjambées ; elle était perplexe. La petite voix de sa conscience lui chuchotait qu’il y avait un danger potentiel à s’isoler dans la chaleur feutrée du véhicule avec lui,  mais pourtant,  elle avait une profonde envie de se laisser vivre. Elle avait parfaitement compris qu’Olivier était un grand séducteur, qu’il avait pour habitude de séduire les femmes sans se poser de question et probablement sans qu’il n’y ait de lendemain… Elle décida de laisser faire les choses. Elle lui ouvrit la portière avec un sourire charmeur.

– Entre te réchauffer, lui dit-elle. Il reste du champagne et j’ai l’impression que nous sommes là pour un bon moment !

-Tu as raison ! Mon ami Alex vient de confier son moteur à Paname, le dépannage risque de prendre du temps ! A mon avis, ils peuvent avoir des choses à se dire…

Tous deux partirent dans un grand éclat de rire.

Charlotte totalement détendue se laissa faire lorsqu’Olivier glissa les doigts dans ses cheveux. Elle se sentait merveilleusement bien, sensuelle et désirable. La lumière dorée du tableau de bord donnait une ambiance très  intime à l’habitacle, le froid extérieur contrastait avec la douceur qui les enveloppait, une légère couche de buée s’était formée sur les vitres de la voiture, les dissimulant du reste du monde, ce qui accentuait cette impression que tout devenait possible… Elle sentit son cœur s’emballer lorsqu’il l’attira contre lui en déposant un baiser sur le coin de ses lèvres tout en l’interrogeant du regard. Cette petite blonde apparemment prête à tout déconcertait Olivier, il la trouvait terriblement sexy.

Charlotte répondit à sa question muette en l’attirant contre elle et en lui rendant fougueusement son baiser. Elle sentait la chaleur de son corps collé au sien et sous ses mains la douceur de ses cheveux. C’est le moment que choisit la petite voix de sa conscience pour revenir à la charge… mais elle décida de la faire taire ! Seul l’instant présent comptait. Elle ferma les yeux et se laissa emporter par le désir…

Tout à leur plaisir, Charlotte et Olivier mirent un long moment à réaliser que des coups sourds résonnaient dans l’habitacle. Par la vitre embuée, Charlotte aperçu un grand gaillard qui essayait visiblement de les prévenir d’un danger, mais sa voix ne parvenait pas à couvrir le timbre sensuel de Beyoncé qui chantait qu’elle était Drunk in love. La jeune femme reprit brusquement ses esprits, et dégrisée, pensa immédiatement à Franck. Se pouvait-il qu’il soit arrivé jusqu’ici ?  Laissant Olivier quitter la voiture, elle réajusta fébrilement sa tenue et sortit à son tour.

 

PANAME

Le 4X4 tanguait au rythme de Beyonce ; A l’intérieur de la voiture  la température montait en même temps que le son. Paname sourit,  connaissant son meilleur ami Olivier, grand dragueur devant les neiges éternelles, c’était comme une évidence.

La sensualité torride de la situation auraient pu gêner Alex, mais pas du tout , il en avait vu d’autres avec son vieux pote et il sourit à Paname d’un aire complice.

Soudain, on entendit une voix surgir de la forêt et crier « charlooooooootte… »

Paname surprise devina en une fraction de seconde, qu’il devait s’agir de Franck, le mari de Charlotte. En un instant  la scène prit une allure de thriller en mode vaudeville montagnard.

-Ciel  son mari ! souffla-t-elle à Alex.

Il fallait agir vite, elle se dégagea de son étreinte et dévala le chemin pour aller à la rencontre de Franck. Il fallait gagner du temps.

Paname cavalant dans la neige sur ses bootes à talons, réfléchissait vite en essayant de trouver une stratégie pour ralentir Franck et éviter un divorce pour cause  de réchauffement climatique inopiné et sexy,  chorégraphié sur une  banquette arrière vintage.

Elle s’étala gracieusement à ses pieds le nez dans la poudre blanche. En gentleman, Franck se précipita vers elle. Paname  hurlait, se tenant la jambe prétextant qu’elle avait super mal à la cheville. Elle gémissait en haletant pour masquer inconsciemment les gémissements de charlotte. Franck était  soulagé de les avoir retrouvés. Voyant qu’elle semblait souffrir atrocement,  il se sentit obligé de lui retirer sa botte  pour voir si elle n’avait rien de cassé, tout en jetant  un œil un peu plus haut, se demandant où était sa femme.

-Ça n’a pas l’air trop grave, pouvez-vous marcher ?

-Oui ça va aller, je pense. Franck, pouvez-vous me donner le bras pour remonter la pente s’il vous plaît ?

Elle enfila sa botte, Franck l’aida à se relever, épousseta son blouson blanc de neige. Appuyée contre lui, Paname clopinait, en rajoutait, s’amusant  follement à le ralentir, en faisant appel à sa Sarah Bernhardt intérieure. Mais la séquence interrompue de son film avec Alex lui revenait sans cesse.

Ils arrivèrent cahin-caha  à la voiture. Elle constata avec soulagement que Charlotte était enfin visible.

 

ALEX

Tout juste remis de ce baiser, Alex aperçu la fine silhouette de Paname dévaler la route et s’écrouler dans la neige aux pieds d’un inconnu qui criait « Charlotte, Charlotte ! ». Elle était farfelue, il en avait fait l’expérience, mais de là à se rouler dans la neige, quand même, elle allait loin. En un coup d’œil au Range d’Olivier, il comprit. Sans bien connaître Paname, il la savait assez futée pour sauver la situation : son ami de toujours avait trouvé une nouvelle proie, l’homme cherchait sa Charlotte, et la Charlotte ne pouvait pas l’entendre, tout à son plaisir couvert par la voix puissante de Beyonce.

Alex détala à son tour en direction de la Range et se mit à frapper vigoureusement sur le toit de la voiture pour se faire entendre. Il fallait prévenir l’inconsciente. Quand il vit l’empreinte de cinq petits doigts glisser sur la buée de la vitre, il s’écroula de rire dans la neige, les bras en croix. Très vite, Olivier ouvrit la porte et se laissa tomber, hilare, à ses côtés.

 

CHARLOTTE

Charlotte découvrit avec stupéfaction Franck qui approchait, Paname accrochée à son bras. En un clin d’œil, elle comprit la situation et remercia intérieurement Paname de lui avoir sauvé la mise.

Franck dévorait sa femme des yeux, et elle pouvait y lire tout l’amour qu’il lui portait depuis si longtemps. Incapable de soutenir son regard plus longtemps, elle courut vers lui et se jeta dans ses bras en enfouissant son visage dans la chaleur de son cou, réconfortée pas son parfum familier. Franck resserra amoureusement ses bras autour d’elle comme un trésor qu’il avait failli perdre.

-On se retrouve à la maison pour continuer la fête, lança Olivier à la cantonade.

-Moi, j’y vais avec l’Alex, dit Paname, mutine en glissant son bras sous la canadienne de l’homme aux yeux verts.

-Bonne idée, chérie. Monte, la voiture marche toute seule maintenant !

Les portes du pick-up refermées, Alex regarda Paname et lui murmura à l’oreille :

-Chérie, chérie, on n’y va pas ! Ça te va ?

Ebahis, les trois compères virent  le truck effectuer un demi-tour bien serré et remonter la route en sens inverse. Olivier se tourna Charlotte et Franck :

-Je vous ramène les amoureux ?

Sur le chemin du retour, Charlotte s’empressa de mettre la musique à fond pour éviter une conversation qui pourrait s’avérer gênante. Dans les enceintes, France Gall leur faisait sa déclaration.

Arrivés au chalet, ils constatèrent que la fête continuait, les flonflons électro s’échappaient par les fenêtres entrouvertes.  Olivier les invita à boire un verre.
Charlotte serra tendrement la main de Franck et répondit :

-Non merci, je pense qu’on va rentrer.