Ateliers d'écriture

Château Story

Mes ateliers d’écriture ont du talent !

Je suis Chateau Story. Salon d'écriture de Tonie Behartrès heureuse et très fière de vous présenter

« Château Story  »

la toute première première nouvelle créée dans mes ateliers d’écriture ! Découvrez cette courte comédie policière et sa galerie de personnages hauts en couleurs !

La veille de la finale de la célèbre émission de téléréalité Château Story, le producteur Adam Onakoff est retrouvé mort sur le lieu du tournage. L’inspectrice Agathe NGozi doit mener l’enquête et se retrouve face à de drôles de suspects !
Par : Suzanne Bah, Véronique Glorieux-Takerkart, Dominique Hermier et Maya Quiza !

Vous pouvez également lire Château Story sur Wattpad 

 

Château Story

Il y a des jours avec et des jours sans. Est-ce que la nuit de la mort d’Adam Onakoff était un jour sans?

L’inspectrice Agathe Ngozi  ne se posait pas la question. Déjà c’était la nuit. Et puis la mort, c’était un peu sa routine. Alors qu’elle en était à son énième café, la voix de Gainsbourg lui susurrant « que j’aime ta couleur café !» avait été brusquement interrompue par l’appel de Daniel Balorge, ambulancier de la société Masette, grand ami de Miss Insomnie, qu’Agathe côtoyaient aussi par période.

Adam Onakoff, célèbre producteur de téléréalité venait d’être retrouvé mort sur les lieux de tournage de sa dernière émission et l’ambulancier avait de sérieuses interrogations sur les circonstances du décès, c’est pourquoi il avait fait appel à la police. Agathe commençait à bien le connaître car elle était l’une de rares policières à être bon pied, bon œil de jour comme de nuit et donc à se déplacer pendant les heures sombres.

Agathe n’était pas familière de ce type de distraction télévisuelle. Elle demanda à Olivier Erac, une jeune recrue qui l’accompagnait depuis quelques temps, de l’éclairer  sur Adam Onakoff. Nettement plus friand de ce type de divertissement, son assistant se fit un plaisir, pendant le trajet jusqu’au lieu de tournage, de lui parler, avec son chaleureux accent du sud, de ce jeune producteur dont les dents rayaient le parquet de tous les lieux stratégiques de cet univers. Un château en partie en ruine servait de cadre à « Château Story », dernière poule aux œufs d’or d’Onakoff, qui approchait de la fortune de Liliane Bettencourt.

Quel plaisir pouvaient éprouver les gens à  regarder ce genre de spectacle ? A suivre la vie de personnes prêtes à tout pour voler la vedette pendant un bref instant ? Télé-réalité ? La réalité, ça lui suffisait amplement à Agathe. Les histoires de fric, de sexe et/ou de famille, étaient la racine de tous les crimes auxquels elle était confrontée. Voir ces histoires à la télé, pour elle, ça aurait été des heures sup ! Et elle avait déjà une tonne d’heures sup ni récupérées, ni payées ! Pour Agathe, rien ne valait un polar bien ficelé ou un bon film d’action avec des combats à la John Woo pour se détendre.

Olivier Erac tentait vainement de lui faire comprendre comment le public pouvait s’attacher à ces participants artificiels et superficiels. 

Certaines scènes entre les protagonistes pouvaient être vraiment truculentes .  Complètement fan,  il suivait de près  Château Story. Il lui  raconta à quel point cette mort était catastrophique à la veille de la finale qui tenait la France en haleine. Qui serait le vainqueur entre Hilda Von Stadt, excentrique baronne milliardaire, digne d’un opéra baroque et le charmant Meyer Abraham, brillant avocat au physique de playboy bodybuildé ? Olivier avait du mal à choisir car leurs deux personnalités étaient aussi ambiguës et attachantes l’une que l’autre. Entre le pied noir et l’autrichienne, mon cœur balance ! expliqua-t-il.

Ses efforts admirables n’avaient toujours pas convaincu l’inspectrice à leur arrivée sur le lieu du meurtre potentiel.

— Allez, au boulot !  dit-elle en sortant de la voiture.

Trois personnes semblant sortir de planètes, voire  de galaxies complètement opposées, les attendaient devant les ruines romantiques du château des Essarts. Agathe identifia immédiatement la plantureuse baronne et le beau gosse, mais se demanda qui était la bimbo en short effrangé qui les accompagnait. Celle-ci se précipita au-devant d’eux en descendant les marches du perron.

— Je vous jure, c’est un accident, un horrible accident !  fit-elle en battant des bras et en faisant frétiller ses mains aux ongles manucurés tout en sautant sur ses haut-talons.

L’avocat la poussa pour s’approcher de l’inspectrice.

— Maître Abraham, avocat, lui dit-il en lui serrant la main.

Ça tombe bien pour toi, ça va sûrement te servir, pensa Agathe en souriant poliment.

— Pffoooouuu kel malheur kolossal, che suppose ke la finale n’aura pas lieu !

Olivier bondit pour leur serrer la main, en savourant le bonheur d’approcher ces personnages mythiques.

— Je n’ai pas le plaisir de vous avoir vu devant les caméras dit-il à la bimbo en lorgnant son décolleté qui débordait du débardeur. Vous faites partie de la prod ? »

— Je me présente, Vanessa, hairstylist, coiffeuse de studio si vous préférez, c’est moi qui coiffe tout le monde ici.

— Au poteau ? demanda Agathe

Vanessa la regarda avec un air d’incompréhension totale et se contenta de sourire.

— Emmenez-moi voir le corps, s’il vous plaît, demanda l’inspectrice, redevenant professionnelle.

 

Ils pénétrèrent tous à l’intérieur du château longeant une série de couloirs brillamment éclairés et richement décoré de moulures en carton-pâte et de faux marbres peints.

Agathe nota la présence de multiples caméras qui semblaient enregistrer leurs moindres faits et gestes. Enfin, ils ouvrirent une porte  pour  emprunter un escalier sombre et délabré qui débouchait sur un vieux salon abandonné où gisait un corps pour qui l’argent et la réussite n’avaient plus aucun sens. Agathe se tourna vers son assistant et lui demanda de se débrouiller pour visionner les images des 24 dernières heures. « Et appelle le légiste ! » ajouta-t-elle.

Elle observa un long moment le visage d’Onakoff où se lisaient l’expression d’un étonnement sans bornes, comme s’il avait cru jusqu’à la dernière seconde que sa fortune pouvait le protéger de la mort.

Le corps ne semblait pas porter d’ecchymoses ni de trace de balle, ni d’étranglement mais paraissait particulièrement désarticulé. Elle leva la tête pour découvrir un trou béant de la taille d’un corps au plafond.  Aurait-il été poussé ? Dans ce cas, par qui ? Et pourquoi ?

Les trois personnages étaient toujours derrière elle et l’observaient avec appréhension.

— Je vous jure, c’est un accident, un horrible accident ! minauda la coiffeuse.

Agathe se tourna vers eux et leur annonça qu’elle allait les interroger.

— Je pense que vous avez tous les trois des choses fortes intéressantes à me raconter. Comme vous avez l’air assez bavarde, mademoiselle, vous allez passer en premier. Vous deux, sortez de la pièce mais ne vous éloignez pas trop.

La baronne et l’avocat s’éclipsèrent rapidement.

 

Agathe fit signe à la charmante Vanessa de s’assoir sur un vieux canapé poussiéreux abandonné dans un coin.

Elle même s’empara d’une chaise défoncée mais assez haute pour assurer son autorité et s’assit à califourchon devant la jeune femme qui s’était recroquevillée au fond du Chesterfield deux cents ans d’âge. Elle répéta sa réplique favorite :

— C’était un accident, un horrible accident. Il est tombé.

— Et pourquoi l’avait vous poussé ?

Agathe procédait toujours de la sorte, l’accusation directe, persuadée qu’elle gagnait du temps et obtenait souvent de bons résultats.

— Mais pas du tout ! Il courait derrière Meyer et il est tombé.

— Et qu’avait-il à gagner à le poursuivre ?

— Meyer voulait quitter l’émission. Vous vous imaginez le jour même de la finale !?

— Pourquoi Maître Abraham voulait-il abandonner le jeu ? Il avait peur de perdre ?

— Non ! Adam lui avait promis la victoire. Mais ils ont eu un gros clash et Meyer était bouleversé. Vous comprenez, ils sont amants.

Agathe eut une pensée pour son ex-mari qui l’avait abandonnée pour un homme. Restons pro, se dit-elle.

— Dans ce cas, pour quoi se disputer ? Il y a un troisième homme dans l’histoire ?

La hairstylist afficha un air troublée qui n’échappa pas à l’inspectrice. Elle fronça les sourcils, mais reprit vite de l’aplomb.

— C’est plutôt la baronne qui avait le plus de raisons d’être énervée contre Adam. Vous comprenez, elle a payé pour gagner et a financé pratiquement toute l’émission dans le but d’être victorieuse. Mais elle a découvert qu’Adam lui avait menti et que ce  serait Meyer le vainqueur.

— Et vous, vous aviez aussi une raison d’en vouloir à Adam ?

— Pas du tout ! Être la hairstylist des productions Onakoff, c’est déjà tellement génial.

Agathe se leva et se mit à se gratter l’épaule comme chaque fois, qu’elle avait besoin de réfléchir. Là, elle se trouvait devant un bon gros sac d’embrouilles.  Aux dires de la coiffeuse, l’amant en colère et la baronne flouée avaient tous deux  de bonnes raisons de s’en prendre au producteur. Quant à Vanessa… Agathe apprendrait des deux autres ses possibles motivations au meurtre.

— Vous pouvez y aller Mademoiselle. Pouvez-vous dire à Monsieur Abraham de me rejoindre s’il vous plait ?

 

Agathe vit arriver l’avocat qui avait perdu toute sa superbe.

Le teint gris, la mine défaite, Meyer Abraham n’était plus que l’ombre de l’Apollon solaire que lui avait décrit son adjoint Olivier.

Il s’enfonça lourdement dans le canapé aussi usé que lui.

— Alors comme ça vous vous êtes disputé avec votre amant ?

— Et si ce n’était que le mien, soupira-t-il l’air désespéré.

De mieux en mieux, songea Agathe.

— Il vous trompait ? Avec qui ?

— Elle ne vous l’a pas dit ? Elle vient de sortir d’ici. Vanessa !

Agathe NGozi ébaucha un demi-sourire. Décidément, ces gens de la téléréalité tenaient toutes leurs promesses.

— Elle a peut-être une mémoire sélective… Vous le savez depuis quand ?

— Je me suis levé ce matin tout allait bien, et ce soir c’est la fin du monde. J’ai tout perdu. En fin de journée, je suis allé retrouver Adam dans son bureau. Et je l’ai surpris en train de se disputer avec cette petite arriviste, encore à moitié à poil.

— Pourquoi arriviste ? demanda Agathe en se remémorant le numéro de la hairstylist qui prétendait être parfaitement satisfaite de sa situation.

— Elle était en train de se rhabiller folle de rage. Elle venait de comprendre qu’elle ne ferait pas partie du casting de la prochaine saison. Elle traitait Adam de menteur. Elle a sans doute pensé que coucher avec Adam était la bonne solution. Mais comme moi, elle aurait dû le savoir, Adam ne respecte pas sa parole.

— Ne respectait pas, corrigea Agathe.

Meyer plongea le visage dans ses mains pour cacher ses larmes.

— Donc vous les avez surpris ? Et ensuite, que s’est-il passé ?

— J’étais désespéré par cette trahison. J’ai participé à Château Story pour lui faire plaisir, moi, je m’en foutais complètement. Je pensais vraiment qu’il m’aimait, c’était le mensonge de trop. Alors, je lui ai annoncé que je quittais l’aventure, et je suis parti en courant vers ma chambre. Adam m’a poursuivi, il a essayé de me rattraper en empruntant un raccourci. Courait-il après sa finale ? Ou courait-il après moi, je ne le saurais jamais.

— Mais quel raccourci ?

— Il est passé par la partie interdite du château, celle qui était en ruine. D’ailleurs il avait dit 1000 fois qu’il fallait le réparer ce parquet, et il est passé à travers ce pauvre idiot !

— Et où se trouvait la baronne à ce moment-là ?

— Je ne sais plus… Je suis perdu…

Ils ont bien ficelé leur histoire de chute, ces deux-là. Sont-ils de mèche ? Agathe se gratta l’épaule pour réfléchir à son aise.  Voyons voir ce que nous dira la Baronne.

— Vous pouvez-y aller Monsieur Abraham. Faites entrer la baronne s’il vous plaît.

 

L’inspectrice vit débarquer une imposante femme d’une soixantaine d’années à la silhouette carrée qui devait bien peser son quintal.

Surmontée d’une chevelure de lionne à la couleur indéfinissable, quelque chose entre le rose, l’orange et le blond qui avait dû être inventée pour elle, peut-être par Vanessa, Hilda Von Stadt pénétra dans la pièce d’un pas décidé en faisant claquer une cravache surmontée d’une plume d’autruche contre sa jupe rose fuchsia.

Agathe savait que la commère cherchait à l’impressionner et, pour lui clouer le bec d’entrée, elle lui demanda combien elle avait payé à la production pour gagner. Sans rien perdre de sa superbe, la baronne se laissa tomber sur le canapé, faisant jaillir un méga nuage de vieille poussière. Agathe porta rapidement un mouchoir contre son nez. Elle n’avait pas envie d’éternuer en plein interrogatoire.

— Qui fous a raconté cette histoire ? demanda Hilda d’une voix aussi rocailleuse que les cailloux qui étincelaient sur ses doigts boudinés.

Une petite quincaillerie qui devait totaliser une centaine de carats estima Agathe.

— C’est moi qui pose les questions. Mais je veux bien vous révéler qu’il s’agit de votre amie Vanessa…

— Cette fille rakonte des bêtisses. Elle est rêfe d’être une star komme moi, mais elle n’est k’une koiffeuse.

— Rappelez-moi pourquoi vous êtes célèbre déjà ?

— Fous ne lissez pas la presse ? J’anime une émission de radio très célèbre.

En réalité la réputation de la baronne Von Stadt était même parvenue aux oreilles d’Agathe NGozi qui avait entendu parler de sa vie sexuelle débridée et de ses accointances politiques discutables. La principale rumeur était cette fameuse liaison qui alimentait les tabloïds, avec le Cheik Ab Aleik, Prince héritier d’un Pays microscopique du Golf, mais néanmoins richissime. Son hobby  préféré était de casser ses Rolls Royce Corniche sans tenir compte des limitations de vitesse ainsi que soutenir le marché de l’art, en particulier l’édition en série limités et signées Koons, d’autruches au 1/25e en or massif. Ce personnage capricieux qui ne devait pas supporter la moindre frustration était une suspecte idéale aux yeux de l’inspectrice.

— Parlez-moi de Vanessa, demanda-t-elle à l’aristocrate autrichienne en pensant qu’elle avait peut-être encore des choses à apprendre sur la hairsytlist.

— Elle kouchait avec Adam Onakoff. Son but était de faire partie du kastink de la prochaine saisson de Château Story. Elle a voulu tuer Adam quand je lui ai appris que je serai la dernière Kagnante de cette émission. Il n’y aura plus d’autre saisson. L’année prochaine Adam allait produire une émission d’afentures, avec des sportifs. Pas du tout pour elle. Adam lui a menti.

— Comme il vous a menti en vous promettant la victoire alors qu’il avait tout programmé pour que Meyer gagne…

— Adam était un fils de pute… avec tout l’archent que j’ai dépensé pour lui !

— C’est pourquoi vous l’avez tué.

— Non

— C’est Vanessa ?

— Non plus. Il est tombé.

Ma parole, ils se tiennent tous les coudes, songea Agathe en se grattant l’épaule. Je me demande bien ce que ça cache….

— Montrez-moi où est la cuisine. J’ai besoin d’un café. Et demandez vos deux acolytes de m’y rejoindre.  Je veux vous voir tous ensemble.

Décidément, l’épaule d’Agathe pouvait craindre de perdre une partie de sa surface vu ses ruminations.

Elle aurait pu carrément jouer à la plouf ou piquenique douille c’est toi l’andouille pour déterminer qui est coupable. Quel était celle ou celui qui avait agi ? Elle traversa de nouveau le lugubre couloir et se dirigea vers la cuisine d’après le plan bien carré que lui avait donné la baronne. Elle espérait pouvoir ainsi se restaurer et y voir peut-être un peu plus clair. Elle arriva dans la pièce ultra moderne dont le confort contrastait avec la parie abandonnée du château. Des chaises de bar entouraient une cuisine à l’américaine. Agathe trouva de quoi se faire un café en chantonnant « Agatha ne me mens pas » de Francis Bebey. Mais le gros  menteur, c’était le mort qui avait  visiblement manqué à sa parole une bonne partie de sa vie. La baronne et Vanessa, on ne peut plus pâles,  la rejoignirent et quelques minutes plus tard Meyer Abraham dont la peau avait pris une teinte grisée pris place dans cette assemblée bien particulière.

— Cela ne m’arrive pas souvent, mais vous aviez tous un mobile pour perpétrer ce meurtre. S’il y avait un concours télévisé du mensonge, Adam Pernikoff aurait gagné haut la main. Il vous a donné à chacun de quoi lui en vouloir à mort : vous, Baronne von Staad, vous ne deviendrez pas la coqueluche du public comme vous l’aviez espéré malgré tout l’argent que vous avez investi dans cette affaire. Vous avez largement de quoi vous énerver et faire descendre Ornikoff d’un ou plusieurs étage.

— Mais che ne vous permet pas …

Elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Agathe s’adressait maintenant à Vanessa :

— Vous, envolées vos belles illusions de passer devant les caméras plutôt que de coiffer les candidats. Ornikoff s’est beaucoup amusé avec vous et vous deviez repartir à zéro, trouver une autre production pour recommencer à manigancer pour vous rapprocher des caméras. Vous avez également largement de quoi vous énerver et faire descendre Ornikoff d’un ou plusieurs étages.

Les boucles de Vanessa devinrent raides d’un seul coup et plus aucun sourire n’éclaira son joli minois.

— Enfin vous, l’amant trahi qui avait participé à ce jeu pour faire simplement plaisir à l’homme que vous aimiez, vous avez également largement de quoi vous énerver et faire descendre Ornikoff d’un ou plusieurs étages. Mais de vous trois,  je ne sais pas encore qui est le coupable. J’attends maintenant les conclusions d’Olivier pour savoir comment les caméras vont vous départager. A ces mots l’avocat pâlit encore un peu plus.

 

Bon sang! Dans quel merdier je me retrouve? Mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça? songeait Meyer avec effarement.

Jamais il n’aurait pu imaginer que la découverte de l’infidélité d’Adam aurait d’aussi graves conséquences.  Et voilà maintenant que cette Agathe Ngozi pensait que lui Meyer Abraham, avait tué celui qu’il aimait…

C’était un supplice d’entendre parler de lui au passé !

Meyer Abraham était triste et en colère. Triste d’avoir eu tout faux avec Adam. Depuis quand lui mentait-il? L’avait-il jamais aimé?

Et en colère d’être dans cette fâcheuse position.

Comment tout cela était-il possible?

Lui l’avocat brillant, et très souvent  victorieux se retrouvait sur le banc des accusés.

Il avait perdu son amant et se retrouvait soupçonné de meurtre et enfermé dans cette cuisine en compagnie des deux femmes qu’il exécrait le plus au monde. Meyer supportait mal la Baronne. Il détestait sa vulgarité et son caractère de cochon. Il avait enduré le flot d’humeurs de la Diva à la coiffure de feu. Tout ça par amour pour Adam.

Et il supportait encore moins Vanessa et son cerveau pas plus gros qu’une noix. Elle avait perdu sa verve et elle ne cessait de répéter: « Je vous jure, c’est un accident, un horrible accident ! »

La ferme ! Lui dit-il.

Cette pétasse  aurait dû recevoir l’Oscar de la petite amie éplorée. D’ailleurs, maintenant qu’Adam n’était plus là, Meyer allait pouvoir dire à la bimbo le fond de sa pensée.

Agathe poursuivait l’analyse des mobiles de chacun. Cela le rendait très amer.

Meyer aurait voulu faire taire l’inspecteur Ngozi. Il aurait voulu démonter point par point toutes ces accusations.  Comment pouvait-il sortir de ce mauvais pas ? Parce que tout était contre lui, contre eux trois.  Il faut que je trouve une solution avant que de me retrouver en prison ! pensa-t-il nerveusement.Il avait du mal à réfléchir tant la tension était palpable dans la pièce. Tous avaient un mobile sérieux pour le meurtre. Et Meyer plus que les deux autres.  Les idées se bousculaient dans sa tête et la pression s’accumulait dans ses artères. Meyer fini par réfléchir à voix haute:

— Mais oui ! pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt…

Agathe Ngozi lui jeta un regard agacée. Elle était en train de parler et Meyer Abraham la coupait sans préavis.

— Écoutez, se lança-t-il, je reconnais qu’il est difficile de nous croire,  mais puis-je vous suggérer d’écouter les bandes audio plutôt que de visionner les bandes vidéos ?

Agathe leva les yeux aux ciels et expira fortement. Il suggère maintenant? Déformation professionnelle songea-t-elle avant de lui accorder la parole.

— Tout s’est passé au premier étage, près des loges.  Or il n’y a pas de caméra là-bas. Vous ne trouverez donc pas d’image. En revanche, les micros étaient activés et c’est certain, tout a été enregistré. Demandez à ce bonhomme qui vous sert d’assistant d’aller chercher ces bandes audio.

 

Pourquoi pas ? se dit Agathe qui redoutait tout de même de se faire manipuler par l’avocat.

Elle et les avocats ça ne collait pas ! Cependant, même si elle n’appréciait pas que quelqu’un intervienne dans son enquête, elle devait reconnaître que l’idée de Meyer Abraham n’était  pas mauvaise. Elle appela Olivier d’une voix forte et lui ordonna de lui apporter les enregistrements audio de la loge de maquillage, celle-ci se trouvant au plus près de la zone présumée du meurtre.

Celui-ci revint 10 minutes plus tard en ayant isolé l’extrait enregistré entre minuit et 1 heure du matin, peu de temps avant qu’elle ne reçoive le coup de fil de l’ambulancier. Olivier cliqua sur le lien audio et les cris d’une dispute retentirent dans la pièce. Le bruit d’une course, la voix d’Adam Ornikoff hurlant :

Meyer, ce n’est pas du tout ce que tu croies.

Au claquement de pas qui suivit, Agathe subodora que le producteur s’était mis à courser son amant qui devait se trouver plusieurs mètres devant. On entendit alors un retentissant Achtung ! suivi d’un Attention Adam !  haut perché qui devait appartenir à Vanessa,  puis un monstrueux craquement et le lugubre choc d’un corps s’écrasant quelques mètres plus bas.  Et finalement le cri déchirant de Meyer Abraham.

Agathe Ngozi arrêta l’enregistrement et leva les yeux vers les trois suspects. Meyer Abraham pleurait, la baronne et Vanessa s’étaient agrippées l’une à l’autre.

— Je vous l’avais bien dit. C’était un accident, un terrible accident.

Agathe se leva, l’enquête était terminée. Décidément ces gens de la téléréalité s’avéraient décevant jusqu’au bout. Pas même foutus de lui fournir un vrai meurtrier ! Tout était faux comme le décor.

C’est alors que la voix de la baronne s’éleva dans le silence :

— Alors ? On la tourne ou pas cette finale ?!

FIN

Bravo à toute l’équipe !

 

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *