Les jours heureux Adélaïde de Clermont Tonnerre pour le site officiel de la comédier romantique
Romans d'amour

Les jours heureux d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre

Les jours heureux
d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre

Julie Vasa journaliste et chroniqueuse

Par Julie Vasa

Les jours heureux, de Adélaïde de Clermont-Tonnerre | Éditions GrassetLes Jours Heureux, troisième roman d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre

Adélaïde de Clermont-Tonnerre dresse dans son troisième roman le portrait tout en nuances d’un homme ayant grandi auprès de deux monstres sacrés du cinéma : ses fragilités et ses forces, et explore le lien si particulier qui les réunit. Flamboyant, élégant, un régal de lecture !

Le Fils de…

Il s’appelle Oscar Laventi et ses traits pourraient être empruntés à ceux de l’artiste Ben Mazué, partageant avec lui un titre éponyme – Les jours heureux –, mais aussi sa manière de tenir à distance les soucis : marcher, marcher, courir, jusqu’à l’épuisement. Et des soucis, Oscar en est pétri, lui qui a grandi auprès de deux monstres sacrés du cinéma européen épris d’une liberté absolue : sa mère, la scénariste Laure Branković, et son père, le célèbre réalisateur Edouard Vian : deux êtres flamboyants, aux allures de héros de comédie romantique, qui ont passé leur vie à se séparer, pour mieux se retrouver, alternant mariages, films et divorces, ayant eu à cœur de se mettre sans arrêt en scène. Au milieu, un enfant unique est né pour lequel l’amour prodigué fut toujours sincère. « Scaro », comme le surnomme affectueusement sa mère, a grandi choyé, aimé, côtoyant tous les artistes en vue de l’époque, amis de ses parents, et partageant avec eux le meilleur comme le pire, une vie riche, vécue avec panache ! Mais comment se construire dans l’ombre de deux êtres que l’on adore, aux personnalités si explosives, sans cesse sous les feux des projecteurs ? Oscar a toujours fait du mieux qu’il a pu et si sa tentative d’affirmation en tant qu’écrivain s’est d’abord révélée peu concluante, il est parvenu à se faire un nom à lui, empruntant au passage le patronyme de sa grand-mère adorée, en tant que script doctor de séries connaissant un certain succès.

 

Les jours heureux : Un secret et une promesse

Mais ce début d’autonomie chèrement acquise se trouve largement mise à mal lorsqu’il apprend que sa mère
est condamnée à court terme, terrassée par un cancer déjà fort avancé. Fidèle à ce qu’elle a toujours été, Laure
décide de profiter au maximum du temps qu’il lui reste à vivre et fait promettre à son fils, mis dans la
confidence, de ne rien dire à son père. Un secret bien lourd à porter… Et un vœu, celui de tous les enfants de
parents divorcés : leur permettre de se retrouver avant qu’il ne soit trop tard. de ne rien dire à son père. Un secret bien lourd à porter… Et un vœu, celui de tous les enfants de parents divorcés : leur permettre de se retrouver avant qu’il ne soit trop tard.

Un challenge délicat, qui va le mener des Hautes Alpes enneigées à l’occasion d’une randonnée mémorable à peaux de phoque, au Mexique en passant par la Grèce ensoleillée. Il croise sur son chemin plusieurs femmes aux fortes personnalités, en particulier Talya, influenceuse star des réseaux sociaux, ou encore Aurélie qui, tout comme lui, écrit des histoires. Elle souhaite l’associer à un projet qui lui tient particulièrement à cœur : un film consacré à W, ce producteur américain redoutable prédateur sexuel.

 

Plongée dans les coulisses de la création

Cinq ans séparent la publication des « Jours heureux » du précédent livre d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre, « Le Dernier des nôtres », que j’avais adoré (découvert grâce au Grand Prix des lectrices Elle et qui avait été l’occasion de la première publication de mon nom dans le magazine ELLE !). Cinq longues années et une attente comblée par ce nouveau roman au souffle romanesque puissant. Il faut absolument le découvrir, d’abord pour le dépaysement procuré. Loin des autofictions dont l’auteur préfère se tenir éloignée, sauf pour se référer avec humour au Grand prix du Roman de l’Académie française qui avait couronné son précédent livre –  « Encore une histoire de nazis (…) Totalement téléphoné » -, l’auteur nous entraîne dans des lieux féériques et nous offre une plongée au cœur du processus créatif. De l’étincelle à l’origine de tout aux forums, mines incroyables d’inspiration, aux « cartes de serial killer » pour le scénario, les personnages… l’auteur évoque toutes les coulisses de cet art de créer, la fébrilité qui s’empare alors des inventeurs tenant une idée et c’est passionnant !

 

Les jours heureux, une écriture contemporaine

Un livre à lire ensuite pour son côté résolument contemporain. Situant son intrigue au moment de la naissance du mouvement #meToo, de l’avènement de Trump au pouvoir et de l’explosion des réseaux sociaux, l’auteur parvient à ancrer son intrigue captivante au sein d’une actualité brûlante dont on saisit les enjeux de manière très concrète et originale.

La plume d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre mérite également, à elle seule, que l’on dévore son roman, tout à la fois terriblement sensuelle dans l’évocation des sens en émoi de son héros, et parée d’un sens aigu de la formule qui subjugue autant qu’il fait sourire : « La vie de ma mère était une poignée de sable dans ma main. J’avais beau serrer de toutes mes forces, les grains s’en échappaient » ; « Son corps est une insulte à côté du mien. Sa minceur pointe ma bedaine, sa souplesse ma raideur. Et puis son cul n’a pas d’esprit. Il est parfait » ; « Juste une vie parfaitement éditée » ; « Mes parents, en me noyant dans le tourbillon de leur passion, m’avaient mis le cœur et la tête à l’envers ».

Faisant d’Oscar le narrateur de sa propre histoire, l’auteur dresse de lui avec élégance un portrait tout en nuances, approchant au plus près de ce qui constitue la relation l’unissant à ses parents. Apparaît ainsi dans ce magnifique roman un homme fragile, sur le point de perdre la boussole de sa vie, sa mère, à la recherche des ressources lui redonnant un sens, d’un « spasme (…) ce moment animal et béni de l’oubli » et de la possibilité de profiter enfin de jours heureux.

Les jours heureux : Résumé

 

« “Edouard Vian et Laure Brankovic ont formé puis déformé pendant trente ans le couple le plus terrible et le plus célèbre du cinéma européen. Ils se sont mariés trois mois avant ma naissance. Ils ont divorcé quand j’avais un an. Se sont remariés quand j’en avais cinq et se sont à nouveau séparés pour mes quinze ans. Ils ont signé leur dernier divorce la veille de mes vingt-cinq ans. Entre temps ils ont fait une trentaine de film ensemble et un seul enfant  : moi. A eux deux ils ont créé une sorte de légende, lui à la réalisation, elle au scénario. Moi… c’est une autre histoire.”

Oscar, un jeune homme talentueux tente d’échapper à l’amour écrasant de ses parents. Ce couple infernal et merveilleux qui ne sait vivre que dans l’urgence et la passion. Les tenir à distance est pour lui la meilleure manière de les aimer, jusqu’à ce matin de février où, dans le bureau glacial d’un hôpital, il apprend que sa mère est condamnée. Un secret qu’elle tient farouchement à garder. Naît alors en Oscar une idée absurde et obsédante. Il ses parents à se retrouver une dernière fois, avec l’espoir secret que sa mère en sera sauvée.

La difficulté ? Edouard Vian s’affiche depuis deux ans avec Natalya, une jeune franco-russe, influenceuse dans le milieu de la mode. Si, au départ, Oscar a le plus grand mal à supporter cette évaporée, Natalya va se révéler beaucoup plus complexe qu’il ne l’imaginait…

Ainsi commence une ronde, entre Fitzgerald et Schnitzler. Ces héros fantasques et attachants jouent, se cachent, s’aiment, des marches de Cannes aux studios hollywoodiens, de Paris à New York et de la Grèce au Mexique, avant d’être percutés par les secousses de la grande histoire qui font peu à peu basculer le monde dans une ère nouvelle. A leur côté, dans les rues de Paris, sur un plateau de tournage, ou au sommet des Alpes, des amis, des amants, des femmes venues du passé.   Mais aussi des disparus, des êtres de cruauté, et bien des énigmes. Tout mot est réplique. Tout personnage porte un masque. Connaître est impossible sans se départir d’un secret. Et tous aiment la vie, imparfaite mais follement vécue.

Un talent romanesque magnifique et tendre, qui voit Oscar grandir, se débattre, oser, écrire, dissimuler avant de comprendre enfin ce qui l’affranchira de ses démons. »

 

(Les Jours heureux d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre, Grasset, mai 2021)

 

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