Marivaux par Tonie Behar comédie romantique
Auteurs de comédies romantiques

Pierre Carlet de Marivaux

Marivaux occupe une place de choix dans mon panthéon des auteurs de comédie romantique. On lui doit l’expression « tomber amoureux » (on disait se rendre amoureux). Son nom a donné naissance au mot marivaudage, qui équivaut pour moi à une sorte d’art d’aimer à la française. On joue avec les mots et l’esprit avant de dévoiler son cœur. Ce mot est toujours couramment employé pour désigner des rapports amoureux fondés sur le jeu et la séduction.

 

Marivaux poli par l’amour

 

Marivaux m’a souvent fait rêver avec ses princes et ses valets, ses comtesses et ses bergères, qui semblaient tout droit sortis d’une toile de Watteau. C’est le premier auteur à s’être ouvertement intéressé à « la métaphysique du cœur ».  Avec des thèmes comme la naissance de l’amour, la surprise de l’amour, l’inconstance de l’amour… l’amour est le sujet de toutes ses comédies !
Marivaux dit avoir « guetté dans le cœur humain toutes les niches différentes où peut se cacher l’amour lorsqu’il craint de se montrer ». Chacune de ses comédies, Arlequin poli par l’amour (1720), La Surprise de l’amour (1722), La Double Inconstance (1723), Le Jeu de l’amour et du hasard (1730), Les Fausses confidences (1737), a pour objet de le faire sortir d’une de ses niches.

 

Marivaux le féministe (si si !)

 

Est-ce parce que ce père célibataire a élevé seul sa fille ? Marivaux est un des premiers auteurs masculinsLa vie de Marianne. Marivaux. pour comedieromantique.com – bien avant Flaubert et sa Bovary – à avoir réfléchi sur la condition féminine et à la place des femmes dans la société. En dénonçant au détour de nombreuses répliques, l’injustice de leur infériorité sociale, Marivaux s’est montré, dans l’ensemble de ses œuvres, un vrai défenseur des femmes. Il a leur souvent donné  le premier rôle dans un théâtre jusqu’alors réservée aux hommes.

La Vie de Marianne, son plus long roman, est d’ailleurs l’autobiographie d’une héroïne imaginaire. Marivaux s’efface derrière son personnage. Il raconte à la première personne, les aventures et mésaventures d’une jeune orpheline dans un monde régi par les hommes. Ce roman fleuve interminable (11 volumes) est quasiment l’œuvre d’une vie. Marivaux a consacré près de quinze ans à son écriture. Malheureusement, il est resté inachevé. On ne saura jamais comment l’orpheline naïve est devenue cette Comtesse qui, heureuse et apaisée, raconte ses mémoires

Marivaux va encore plus loin dans son soutien, avec une petite pièce curieuse, une comédie en un acte intitulée La nouvelle colonie.

Dans une île fantaisiste de la Grèce ancienne, les femmes décident participer au pouvoir, afin de lutter contre la domination masculine. Les hommes tentent en vain de leur rappeler leurs « devoirs », mais ne trouvent que d’assez pauvres raisons pour défendre leur suprématie. Marivaux prête son éloquence à ses héroïnes pour prouver l’égalité entre hommes et femmes. La pièce se termine malheureusement par une pirouette très « politiquement correcte » pour l’époque : Les hommes ayant inventé une prétendue attaque de « sauvages », les femmes se rétractent. la pièce se conclue par  une des héroïnes qui dit à son mari « Va te battre, je vais à notre ménage. »

 

Marivaux. Le jeu de l'amour et du hasard. portrait de Maricvaux sur comedieromantique.com par Tonie BeharMarivaux, une vie pour le théâtre.

Marivaux est né le 4 février 1688 dans une famille de la petite noblesse normande. En 1717, il se marie avec Colombe Boulogne, fille d’un conseiller du roi. Ils vivent dans l’aisance, mais seront ruinés par la banqueroute de Law . En 1723 Marivaux perd sa femme. Veuf, il décide de se consacrer au théâtre pour pourvoir au besoins de sa fille .

Le théâtre de Marivaux s’inspire  beaucoup de la Comedia del’Arte. Il crée des types sur lesquels il peut broder des variations, se sert du travestissement et du mensonge. Ses personnages sont souvent de jeunes gens terrorisés à l’idée d’entrer dans la vie et de dévoiler leurs sentiments. Tiens tiens déjà !! Les dialogues fusent sur le mode de la galanterie et du badinage. Leurs aventures psychologiques à la fois complexes et naïves se déroulent sous le regard amusé des spectateurs.

Clash Marivaux vs Voltaire !

Marivaux le subtil était pourtant considéré comme un auteur mineur par les philosophes et encyclopédistes.  Comme quoi, même au XVIIIe siècle, les comédies sentimentales étaient déjà considérée comme futiles et légères !  Voltaire disait de lui : « Il pèse des œufs de mouche dans une balance en toile d’araignée ». Compliment perfide qui frôle le sarcasme (aujourd’hui, il aurait dit qu’il enc… les mouches !!). Ce à quoi Maurivaux aurait répondu : « M. de Voltaire est la perfection des idées communes », et aussi « M. de Voltaire est le premier homme du monde pour écrire ce que les autres ont pensé ». ça clashait déjà grave à Paname au XVIIIe siècle !! Voltaire et Marivaux ont d’ailleurs été rivaux pour un fauteuil à l’Académie française… qui fut remportée par Marivaux.

Il faudra attendre le XIXe siècle et le succès des comédies de Musset pour que Marivaux soit enfin reconnu.  Un nouveau public enthousiaste trouvera précisément très moderne la complexité qu’on lui reprochait de son temps. Dans les années 1950-60, une nouvelle génération de metteurs en scène  comme Vitez, Vilar, Planchon ou Chéreau lui a rendu hommage  avec des scénographies innovantes.

Marivaux et moi 

Je voudrais conclure ce billet avec une petite anecdote concernant mon premier roman « Coups bas et talons hauts ». Souhaitant écrire une comédie romantique sur le mode de la chick lit’, qui raconterait les aventures d’une jeune attachée de presse dans le milieu du luxe et de la haute couture (m’inspirant de ma propre expérience professionnelle), je peinais à trouver une intrigue digne de ce nom. Ayant lu qu’Helen Fielding, la créatrice de Bridget Jones, s’était inspirée de la trame d’Orgueil et préjugés pour écrire son roman, j’ai décidé d’aller puiser mon inspiration chez l’un de nos plus grands auteurs de comédies sentimentales ! C’est ainsi que j’ai trouvé mon idée de départ dans une pièce de Marivaux appelée « Le Prince travesti » !

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